Elle est là, immobile, observant tout le monde de son regard arrogant, de son sourire insolent. Ses yeux brillent de malice et son regard mais mal à l'aise quiconque le croise. Elle est là, debout, de toute sa splendeur. Une beauté rare et dangereuse, digne du malin. Elle est là, muette, face aux réflexions des passants qui la dévorent du regard.
Puis il arrive, lui. Il s'installe sur un banc en face d'elle et il la regarde ainsi, immobile, arrogante, belle et muette. Il la regarde pendant des heures sans dire un mot. Il n'a pas besoin, il sait qu'elle le voit et qu'elle entend ses paroles muettes. Pourtant elle ne bouge pas.
Elle reste là à observer les passants qui commentent cet étrange amour entre eux. Parfois il aimerait se lever et aller la toucher, mais il n'ose pas. Il ne veut pas la troubler. Puis à la nuit tombante, quand les rues se vident, il se lève, lui promet de revenir le lendemain et s'en va.
Et c'est ainsi chaque jour. Elle est là, au même endroit, toujours. Elle a le même regard, le même sourire, toujours.
Pourtant un matin, il ne la trouve pas. Elle n'est pas là. Son regard arrogant ne fixe plus les passants, son sourire insolent ne se moque plus d'eux. Elle n'est pas là pour le voir s'asseoir et entendre ses paroles douces et muettes. Il est perdu, il la cherche. Pourtant il ne la trouve pas.
Et chaque matin, c'est ainsi. Il est là, elle non.
Pourtant un matin, elle est là, mais non plus immobile, non plus observant tout le monde de son regard arrogant, de son sourire insolent. Ses yeux brillent mais non plus de malice mais de joie et pourtant son regard rend toujours mal à l'aise quiconque le croise. Elle est là, debout, de toute sa splendeur. Une beauté rare mais non plus dangereuse, mais douce tel un ange. Elle est là, non plus muette mais riant avec la femme qui l'accompagne et qui la regarde avec amour.
Il arrive et la regarde, hypnotisé par ce changement. Il la regarde quelques minutes en silence. Il n'ose pas. Il sait qu'elle ne le voit pas et qu'elle n'a jamais entendu ses paroles muettes.
Pourtant elle est là, non plus comme avant, et pourtant il lui porte toujours cet étrange amour. Il veut aller la toucher, lui parler. Il s'avance et lui frôle le bras. Elle se tourne vers lui. Elle le fixe de ses grands yeux verts. Il sait qu'elle le voit, la belle aveugle qui servait de modèle pour la statue maintenant disparue. Elle le voit de ses yeux aveugles et a entendu ses paroles muettes.
_ Moi aussi je vous aime.